Interview de M. Henri Kaltembacher de la DRIEE 78, Direct Régionale et Interdépartemental de l’Environnement et de l’Energie, par Claude Zucchi, Secrétaire du CAPUI, le 20 février 2020, pour comprendre les conséquences de l'accident du 3 juillet 2019 :

Le Capui a interrogé la DRIEE 78 sur son organisation et sa mission, sur les causes de l'accident du 3 juillet 2019 (incendie sur un bâtiment industriel de l'usine Seine Aval), sur les moyens mis en œuvre pour circonscrire cet accident, et sur les enseignements à retenir pour l'avenir.

Synthèses des réponses de M. Kaltembacher :

La DRIEE dépend du ministère de l'environnement et de l’énergie. Il y a une direction régionale par département.

Il y a 3 directions publiques qui encadrent un site industriel comme celui de Seine Aval , et son gestionnaire, le Siaap : la DRIEN, la police des risques sur l'environnement, la DRIEE, la police des risques industriels, et l'inspection du travail.

L’usine Seine Aval dépend de la DRIEE des Yvelines (78). Cette direction compte 28 personnes, dont 12 inspecteurs. Sur le départemant des Yvelines, le DRIEE78 surveille 5 usines Sevezo Seuil Haut, 6 usines Sevezo Seuil Bas, 400 établissements en risque majeurs, 2500 établissements soumis à autorisation de mise en exploitation, et le service des mines.

Le rythme des visites spécifiquement sur l'usine du Seine Aval, c'est une visite de contrôle par an, des visites systématiques à chaque incidents, et des visites à chaque remise en production d'une installation après travaux.

 

La DRIEE a trois missions : écrire la réglementation de sécurité applicable à chaque usine, contrôler le respect de celle-ci, sanctionner si nécessaire (mise en demeure, consignation, astreinte jusqu'à 1500€/jour, amende, travaux d'office, suspension d'activité, procès verbal/constat et saisie d'un procureur, ...).

 

Toutes les sanctions sont publiées au journal officiel de la préfecture.

 

La réglementation applicable à l'usine évolue en permanence, avec les nouvelles directives européennes, ministérielles, les éléments spécifiques aux risques de l'usine considérée, suites aux retours d'expérience sur les incidents ou anomalies constatées.

 

Par contre, la maitrise des risques de l'usine Seine Aval reste de la responsabilité directe de l'opérateur, le Siaap.

 

Cette usine est, de part sa taille hors norme, compliquée à maitriser. Les risques sont divers et nombreux (pas forcément catastrophiques, pas forcément vitaux) et n'ont pas été, ou ne peuvent pas être tous prévus à l'avance. ,le Siaap comme la DRIEE sont amenés à analyser tous les incidents pour amender la règlementation et adapter l’usine face aux nouveaux risques à traiter.

 

Analyse des causes de l’accident du 3 juillet 2019, incendie de l’usine Seine Aval

Suite à l’incendie survenu dans l’usine Seine Aval, la DRIEE a été diligentée pour analyser les raisons de cet accident. Le Siapp comme la Driee n'ont jamais imaginé qu'un incendie puisse se déclarer et détruire le bâtiment concerné le 3 juillet... C'est une nouvelle donne qu'ils ont d'ores et déjà intégrer réglementairement, pour le bâtiment qui va être reconstruit.

 

Le résultat de l’enquête sur l'incendie devait être connu vers mars 2020 mais le rapport n’a pas été rendu public. Il est probable que l’incendie soit consécutif soit à un problème électrique sur le système de ventilation, soit un problème électrique sur un chemin de câbles.

 

Un audit externe a été demandé par le ministère et est en cours d’instruction. Le résultat de l'audit de l'usine est prévu en sept 2020. La DRIEE  en tirera les enseignements pour la réglementation sur la bâtiment à reconstruire.

 

Concernant la remise en fonctionnement de l'ancien bassin pendant la durée des travaux du bâtiment à reconstruire, c'est la réglementation d'aujourd'hui qui sera appliquée pour autoriser son redémarrage. Il y a donc des remises aux normes a faire avant de le remettre en fonctionnement.

 

Analyse des moyens de secours mis en œuvre lors de l’accident

Concernant la durée d'intervention des pompiers lors de l’incendie :

  • Le pompier privé du Siaap en astreinte 24h/24 sur site, est habilité à faire de la surveillance, et d'intervenir en urgence mais de façon très limité. Il n'avait pas eu les moyens de contenir l'incendie.

  • Le premier 'train' des pompiers professionnels est arrivé sur le site en moins de 10 min.

  • Le deuxième 'train' est arrivé au bout de 25 min, il arrivait de Versailles, et c'est cette équipe qui avait les moyens d'analyse des fumées, ce qu'ils ont fait immédiatement en arrivant.

  • Les éléments chimiques recherchés lors de cette analyse sont toujours les mêmes et correspondent aux gaz connus pour leur mortalité immédiate (chlore, dioxydes,...). Mais il faut plus de temps pour faire les analyses plus complètes donc plusieurs jours après...

 

Cette chaine d'intervention des pompiers ne s’est pas révélée suffisante et rapide pour contenir l’incendie, ni pour prévenir les riverains des risques ou non-risques de cet accident.

Concernant le problème d'alimentation des bouches d'incendie, les pompiers ont été bloqués par le fait que les tuyaux d'eau sont en pvc et ont fondu en brulant dans le bâtiment lui-même. Il y a eu fuite d'eau du réseau, et comme aucune vanne d'isolement du bâtiment n'avait été prévue dans le réseau de l'usine, toute l'usine s'est retrouvée sans pression d'eau dans les bouches d'incendie... C'est encore une anomalie qui a été prise en compte pour les nouvelles réglementations à venir.

Ce sont les pompiers et la préfecture qui sont en charge des analyses et des adaptations de la chaine de secours et d'intervention. Le PPI qui a été publié en Dec. 2019, quelques mois après l’accident.

Il serait intéressant de connaitre les adaptations qui ont été proposées suite à l’accident. Le  schéma d'alerte des pompier est lui décrit dans le SDACRE. Le PPI et le SDACRE ne sont pas des documents publics...